08 juillet 2009
La concurrence : Sens de Romaric Briand
Un mot pour vous parlez d'une démarche similaire à celle de Monostatos (intégrer la philosophie dans les grandes structures d'un univers de jeu de rôle et dans la démarche ludique), mais bien plus poussée et bien plus aboutie : Sens de Romaric Briand.
Sens est un JdR mystique à secret prenant place dans un univers de space-opéra post-apocalyptique dans lequel les joueurs incarnent la résistance face à un tyran omniscient. En effet, les personnages des joueurs (les "simulacres") sont les seuls êtres n'apparaissant pas dans l'univers déterminé qu'utilise le tyran pour prévoir le nôtre, ceux sont les héros de la Résistance, les seuls êtres essentiellement libres.
Ne me regardez pas comme ça, c'est difficile de le présenter plus clairement !
Commencez par lire le kit d'introduction, c'est sans doute le plus facile pour appréhender ce jeu exceptionnel et parfois un peu abscons.
Ca fait pas mal de temps que je connais la bête, mais jusque là je n'y avais pas porté plus d'attention parce que le propos me semblait trop abstrait et trop "fanatique de la philosophie". Et peut-être aussi parce que j'ai toujours eu du mal avec Wittgenstein, malgré des efforts louables. Après lecture plus approfondie (et aussi plus éclairée) de Sens, j'aime assez cet univers étonnant par son mystère et ses possibilités, qui exploite à fond les différents niveaux de communications propres au JdR, et je suis impressionné par la profondeur et l'ampleur du travail de Briand. La dimension d'expérience mystique (l'auteur n'utiliserait pas ce terme) pour les joueurs doit être très forte à mesure qu'ils découvrent l'univers et les fondements de ce jeu. J'aime aussi retrouver une démarche similaire de la mienne et pouvoir m'interroger sur les façons de concevoir et d'écrire Monostatos. Si l'occasion se présente, j'essaierai de faire jouer Sens un de ces quatre.
En revanche j'aime assez peu le fait de porter la cause philosophique comme une bannière et d'en abreuver tous le texte au point de ressembler parfois à un texte religieux (le ton et le style y sont aussi pour quelque chose). J'aurais plutôt tendance à être discret sur ce genre de choses et à ne les faire apparaître qu'en filigrane (comme l'exceptionnel La Horde du Contrevent d'Alain Damasio). Ici, les structures philosophiques - bien que cachées - sont tellement présentes dans l'expérience ludique qu'elles nuisent à la cohérence de l'univers et du tout; l'application des règles (comme je les comprends) semblent détruire l'immersion plus que la favoriser.
Par ailleurs, j'ai en horreur les systèmes où le MJ peut sanctionner le comportement des joueurs, comme ici où on prend des points négatifs d'immersion quand on fait des blagues autour de la table ou qu'on est pas assez concentré. Ce genre de choses doivent être gérées sur le plan humain, avec humour et adresse, et non comme un instituteur de la IIIème République distribuant des bons points et des punitions.
Ces deux critiques négatives me renvoient l'article d'Enilevar Je ne suis pas un parc à thème à propos des scénarios qui cherchent à donner à réfléchir (Sens est pleinement concerné) et notamment de l'écueil de la moralisation à la White Wolf.
Qui aime bien châtie bien, donc. Si j'ai l'occasion de tester Sens par moi-même (le mieux serait encore avec son auteur, tant le jeu est particulier) j'étofferai ma critique. Un jeu à suivre avec attention. Allez lire cet étrange mais captivant JdR et faites-vous votre propre idée !
